Charles Georges, l'odyssée d'un Poilu

 

Charles Joseph Georges est né le 1er décembre 1878 dans la petite commune de Neuviller les Badonviller en Meurthe-et-Moselle. Son père, Jean-Baptiste aura 7 enfants. Charles est le second. Le 14 novembre 1899, il effectue son service militaire au sein du 26e RI de Nancy. Depuis 1889, le service militaire est obligatoire pour tous les hommes pour une durée de 3 ans. Malgré cette loi,  Charles n'effectuera son service que pendant 11 mois. Il est dispensé car son frère aîné Jules effectue lui aussi à l'époque son service militaire. De ce fait Charles est libéré le 22 septembre 1900. De retour dans son village natal il s'installe et devient cultivateur.
En 1905 et en 1908, il effectue à chaque fois pour une période de quelques semaines des exercices d’instruction au sein du 160 e RI de Toul.
Le 28 septembre 1909 Charles Georges épouse Marie-Julia Vouaux. De cette union naîtront 3 enfants. Ils iront vivre à Saint Agathe, petit hameau de Meurthe-et-Moselle qui fait partie de la commune d'Ancerviller.
Le 3 août 1914 la guerre éclate. Charles est mobilisé le même jour dans le 41e Régiment d’Infanterie Territorial. Les soldats de ce régiment sont originaires des arrondissements de Nancy, Lunéville, Raon-l'Etape et Rambervillers. Le régiment est basé à Toul dans la caserne de la Justice.  Charles est incorporé dans le 2e bataillon de la 13e compagnie, 13e escouade, 4e section, sous les ordres du capitaine Duvaux. D'août 1914 à mars 1915, le bataillon de Charles exécute des  travaux de défense de la place de Toul (Gondreville, Sexey-les-Bois et Villey-le-Sec). Les soldats creusent des tranchées et tendent des réseaux de fils barbelés.
Durant le 1er trimestre 1915, les 1er et 2e bataillons du régiment fournissent en renfort 953 hommes, prélevés par fractions constituées.
Le 3 mars 1915, Charles Georges est incorporé dans le 5e bataillon, de la 18e compagnie du 286e RI. Le régiment est dans le secteur de la Woëvre. Le 17 mars 1915, le bataillon de Charles arrive dans le secteur de Bouconville (à l'Ouest de Saint-Mihiel). Son poste de commandement s'installe à la lisière nord du bois de Besombois. Il a comme secteur la côte 253 qui se trouve à l'est de l'étang de Vargevaux. Charles connait son premier baptême du feu. Sa compagnie est relevée tous les 4 jours et  cantonne au village de Bouconville. A cette époque, Charles reçoit des nouvelles de sa famille, elle vient d'être évacuée par l'armée du village de Saint Agathe et a établi résidence à Diarville. Le 2 avril 1915, la 18e compagnie change de cantonnement et se dirige vers Broussey (à quelques kilomètres de Bouconville). Pendant cette période, le régiment n'ira jamais à l'arrière. Les soldats cantonnent dans des petites huttes faites de branches et de terre. Le ravitaillement se fait de nuit pour éviter les tirs. Le 286e RI arrivera à repousser toutes les tentatives d’attaque allemandes dont celle du 9 septembre lancée par le 14e bavarois d'infanterie qui fera plusieurs tués des deux côtés.
Le 30 septembre, le régiment tout entier est relevé pour la Champagne. Le 3 octobre, Charles arrive à Chalons et va cantonner à Vadenay. C'est à cette époque que le régiment touche le nouveau matériel dont les casques Adrian et les masques à gaz.
Le 13 octobre, le régiment prend position dans le secteur de la ferme de Navarin face aux tranchées ennemies de Lübeck et des Vandales. Pendant 8 jours, les soldats vont subir un bombardement intensif et combattre nuits et jours.
Le 21 octobre le régiment est enfin relevé et cantonne à l'arrière. Le 29, il retourne en Meuse et bivouaque dans le secteur du fort de Jouy. Pendant deux mois, il est remis à l'instruction. Le 7 novembre, Raymond Poincaré, président de la France visite les cantonnements du 286e RI.
Fin décembre, Georges Charles reçoit sa première et sa dernière permission... Pendant son trajet, il achète une petite poupée patriotique à l'effigie d'une infirmière qu'il offre à Noel à sa petite fille Marie-Antoinette alors âgée de 3 ans. Janvier 1916, Charles retourne au front. Sa compagnie revient dans le secteur de Bouconville, elle est positionnée dans la tranchée de Marvoisin. Charles va rester dans ce secteur  jusqu'au 17 mai. Sa compagnie sera relevée tous les 4 jours. Le secteur est devenu très actif, le cantonnement est violemment bombardé de jour comme de nuit par des obus de 150 mm. Les tranchées sont en mauvais état, les parois s'éboulent, les abris s'effondrent. Il faut procéder sans arrêt à leur assèchement et à leur réparation. Le régiment va beaucoup souffrir des privations de toutes sortes et surtout du froid. Le régiment allemand qui fait face au 286e est le 358 IR. Le 11 avril 1916, Charles reçoit une lettre de son beau frère qui lui donne des nouvelles de sa femme. Ce dernier, incorporé dans le 42e RIT, se trouve dans le secteur d’Hamonville, à moins d’une dizaine de kilomètres de Bouconville.
Le 17 mai 1916, le régiment est enfin relevé, Charles part pour le camp de Saffais qui se trouve près de Dombasle-sur-Meurthe. Le 27 mai, suite à des ordres généraux, les soldats apprennent que leur régiment va être dissout. Cette nouvelle provoque une grande émotion parmi les hommes du rang et les officiers. Le 30 mai, les hommes du 286e défilent une dernière fois devant leur drapeau dans le secteur de Lunéville. Administrativement le 286e disparaît le 1er juin 1916. Charles qui appartenait au 5e bataillon est transféré au 4e bataillon du 252e RI. Il se retrouve dans la 3e section de la 10e escouade de la 14e compagnie.
Le 4 juin, le 252e R.I débarque à Givry-en-Argonne (Marne), le régiment est attaché au 15e Corps d’Armée commandé par le général de Maud’Huy. Il est dirigé sur le bois Saint-Pierre qui se situe entre Brocourt et Rampont (Meuse).
Le 13 juin, le régiment occupe en deuxième position les ouvrages Favry sur les pentes de la côte 304 entre les villages d’Esnes et d’Avocourt, à 20 km à l’Ouest de Verdun.
Du 19 au 27 juin, le 252e R.I. se retrouve en première ligne sur la côte 304. Cette colline est devenue un enfer, le terrain ressemble à un paysage lunaire, il est quotidiennement nivelé par l’artillerie. Les tranchées ont quasiment disparu, les hommes se réfugient dans les trous d’obus. Ils vont repousser les nombreuses tentatives d’attaques allemandes.
Le régiment va subir un bombardement extrêmement violent qui va entraîner de lourdes pertes : 156 blessés, 88 tués et 71 disparus, la plupart enterrés vivants par les obus. Les jours suivants, Charles est promu caporal. Il écrit une lettre à sa femme, sans doute la dernière qu’elle recevra.
A la fin du mois de juin 1916, son bataillon va cantonner au repos dans le village de Sivry-la-Perche. Vu l’importance capitale de la bataille de Verdun, les permissions des soldats sont annulées.
Dans la nuit du 5 au 6 juillet, le 252e R.I. remonte en ligne sur le front du Mort-Homme, Chattancourt, Cumiéres et Esnes. Il va relever le 203e R.I. Le 4e bataillon, celui de Charles est en première ligne, les autres bataillons restent en seconde ligne. A cette période, Charles va recevoir les dernières lettres de sa femme ainsi que celles de sa sœur. Il les range précieusement dans son portefeuille.
Le 10 juillet, les Français essayent de reprendre la tranchée  Boivin qui se situe entre le village d’Esnes et le Mort-Homme. Les Allemands du 88 IR et du 35 IR se défendent avec acharnement à coup de grenades et de mitrailleuses. Les soldats du 252e R.I. regagnent leur tranchée d’origine (tranchée Sonnois). Pour répondre à cette attaque, les Allemands pilonnent la 2e position du régiment dans la nuit du 10 au 11 juillet. Les Français déplorent plusieurs dizaines de blessés et de tués.
Dans l’après midi du 11 juillet, la tranchée de Sonnois est violemment bombardée. A 22h45, les Allemands lancent plusieurs attaques qui durent jusqu'à minuit. Elles sont toutes repoussées mais au prix de lourdes pertes. Pendant ces échauffourées, 13 soldats du 252e R.I. ont été tués, la plupart étaient des pères de famille. Parmi les victimes, figure le caporal Charles Joseph Georges qui a été mortellement blessé par une grenade. Il décède peu après minuit, il est le dernier tué de cette attaque. Un camarade de Charles a ramassé ses effets personnels. Néanmoins, sa dépouille, ainsi que celles de ses compagnons, n’ont pu être rapatriées. Quelques heures après ces violents combats, le 252e R.I. est relevé par le 203e R.I. Le 18 juillet 1916, Georges Charles est cité à l’ordre du Régiment (N°179), il est indiqué qu’il fut « un très bon soldat, [qui] s’est toujours fait remarquer par son courage et son esprit de discipline. » Il reçoit la mention «  Mort pour la France », le 28 juillet 1916.
La dépouille de Charles sera retrouvée après guerre. Il sera inhumé quelques temps au cimetière militaire de Fromeréville. En mai 1922, la famille Georges réclamera son corps. Il repose aujourd’hui dans le petit cimetière de Saint-Maurice-aux-Forges à 3 kilomètres d’Ancerviller.
Après la mort de Charles ses effets personnels furent remis à sa famille par voie postale. Ils furent gardés précieusement par sa fille Marie-Antoinette jusqu’à sa mort en 1993. Aujourd’hui encore les effets de Charles sont toujours minutieusement préservés par ses descendants.

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