Joncherey, le 1er affrontement


30 heures avant la déclaration de guerre officielle, deux soldats allaient donner leurs vies pour leur patrie
Le dimanche 2 août 1914, la France mobilise et se prépare au pire. Aussi afin d’éviter un incident de frontière, l’ordre est donné aux troupes françaises de reculer de 10 kilomètres de la frontière allemande.
Le 1er août,  ayant quitté dans la nuit le fort de Lomont-les-Roches, le 44e régiment de ligne arrive dans le  petit village de Joncherey (Territoire de Belfort). Le 2 août, à l’aube, le caporal Jules André Peugeot et son escouade reçoivent l’ordre d’installer un poste de surveillance prés de la ferme isolée des Docourt à 700 m à la sortie de Joncherey, sur la route de Faverois.
Au même moment, le sous-lieutenant Albert Mayer du 3e escadron du Jager-Regiment N°5, vient de recevoir l’ordre de ses supérieurs : «  Faites partir vos troupes sur Belfort, en passant par Delle pour reconnaitre les rassemblements français dans le secteur ».
Le caporal Peugeot avec ses hommes installe son poste à 8h. Il nomme le soldat Pierre Cointet comme sentinelle au sommet de la côte de la route de Faverois et fait charger les fusils. Vers 9h40, le facteur du village, Joseph Maitre arrive. Le caporal lui remet deux lettres qu’il vient de rédiger dont une pour ses parents. Vers 10h, Adrienne, la fille des Docourt va chercher de l’eau à une source dans un pré voisin. Soudain, elle aperçoit la patrouille du sous-lieutenant Mayer et dans son affolement, elle crie : «  Voila les Prussiens, voila les prussiens ! ».
Le soldat Cointet est surpris par les cavaliers allemands. Dans la panique, il n’arrive pas a actionner sa cuilasse et hurle : «  Aux armes, aux armes ! ». L’officier allemand bondit sur lui et lui inflige un coup de sabre. La sentinelle a juste le temps de se baisser et d’éviter l’arme qui ne lui coupe que son brelage et une partie de sa capote.
Le sous-lieutenant Mayer galope à toute allure vers le poste avancé. Le caporal Peugeot bondit en criant : «  Halte-là ! ». Ensuite, il y a un échange de feu sans savoir lequel des deux hommes a tiré le premier. Mayer tire trois balles avec son pistolet, dont une blesse mortellement Peugeot et une seconde va se loger dans la maison des Docourt. Le caporal a eu le temps de tirer un coup de feu. Les soldat français prirent  leurs armes et rétorquèrent ainsi que les soldats Bonzon et Brenet qui marchait au bord de la route avec la soupe pour le poste. Deux cents mètres après avoir dépassé le poste de surveillance, le sous-lieutenant Mayer s’effondra et tomba de son cheval, il était 10h07.  Le cheval fut récupéré par les français et rebaptisé « Joncherey ». Les deux victimes furent transportées et déposées côte à côte sur un lit de paille dans la grange Kraemer au centre du village. Tout de suite après l’incident, les cavaliers du 11e Dragons se lancèrent à la poursuite du reste de la patrouille allemande, trois d’entre eux furent prisonnier, 1 s’enfuia en Suisse et deux seulement purent regagner l’Allemagne.
Albert Mayer fut inhumé au cimetière de Joncherey le 3 aout à 15h en présence  des officiers du 44e RI et du 11e Dragons. En 1920, sa dépouille fut transférée au cimetière allemand d’Illfurth (Haut-Rhin) où il repose actuellement (Bloc 4, tombe 181).
André Peugeot fut transporté en voiture à Etupes, dans son village natale (à 14 kms de Joncherey) et enterré au cimetière de la commune dans le caveau familial où il repose encore aujourd’hui.
Jules André Peugeot était le fils d’un employé de l’usine Japy Frère et d’une institutrice d’Etupes. Il avait une sœur Alice et un frère Pierre. Il était instituteur à l’école du Pissoux dans le Doubs. « C’était un jeune homme volontaire et doux, donc le franc regard et le bon sourire trahissait l’intelligence et la bonté » comme le notait un de ses officiers. Il avait 21 ans.
Albert Mayer était le fils d’un directeur de banque de Magdeburg en Allemagne. Sa mère descendait d’une vielle famille huguenote française.  Il était l’ainé d’une famille de 4 enfants. Malgré son peu d’intérêt pour la vie militaire et ses convictions peu belliqueuses, il s’était résigné à porter l’uniforme comme le voulait la tradition prussienne qui voulait qu’au moins un fils par famille se consacre à l’armée. Son frère Hans, est mort le 23 janvier 1917 dans le secteur de Saint-Laurent-Blangy et il repose aujourd’hui dans le cimetière de cette commune. Quand à son frère Gerhard, il se suicida à Berlin en avril 1945. Albert Mayer était consciencieux, il était apprécié de ses hommes car plein d’humanité. Il avait 22 ans.
Jules André Peugeot et Albert Mayer ont été les premières victimes sur le sol français d’un conflit qui allait faire plusieurs millions de mort.

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